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La Croix-Rouge française a lancé début octobre un podcast sur la parentalité. – © Patrizio Anastasi / La Croix-Rouge française

Dans le premier épisode de Parent(hèse), le podcast de la Croix rouge française sur la parentalité, Trési, mère d’un enfant autiste, raconte la « bataille » qu’elle a menée pour la prise en charge de son fils.

Si l’arrivée d’un enfant est souvent considérée comme un « heureux événement », devenir parent n’est pas toujours chose aisée, d’autant plus quand des situations de précarité, de handicap, de monoparentalité ou de dépression… viennent compliquer les choses. Dans Parent(hèse), un podcast de la Croix-Rouge française dédié à la parentalité, disponible sur la plateforme Acast, Antoine Lalanne-Desmet, journaliste, donne la parole à ces parents en devenir et recueille leurs histoires.

Le premier épisode est consacré au parcours « périlleux » de Trési, une jeune maman célibataire de 31 ans, qui témoigne des difficultés qu’elle a rencontrées et de l’exclusion qu’elle a ressentie en tant que mère d’un enfant autiste.

Le choc du diagnostic

Quand on annonce à Trési que son fils de 4 ans est atteint d’autisme, elle a « l’impression que le ciel lui tombe sur la tête ». D’accord, elle avait bien remarqué un léger retard de langage, mais son neveu a parlé tard, lui aussi. Et si elle sentait bien que quelque chose n’allait pas, elle était loin de penser que son fils était différent, pas comme les autres… Elle rentre chez elle et « pleure longtemps ». Elle a juste envie d’ « oublier cette journée horrible ».

La « bataille » commence

Commence alors pour elle ce qu’elle appelle « sa bataille ». Il faut trouver une structure adaptée qui pourra accueillir Aaron qui vient de quitter la crèche, mais le centre médico-psychologique (CMP) auquel elle s’adresse lui annonce un an et demi d’attente.

« Pendant un an et demi, je ne fais rien, je reste avec mon enfant à la maison et là, c’est très difficile », se souvient Trési, qui doit arrêter de travailler pour s’occuper de son enfant. Il n’est pris en charge que 45 minutes par semaine par le CMP et deux heures à l’école maternelle avec une auxiliaire de vie scolaire (AVS). Aaron régresse, pleure beaucoup, a du mal à dormir et ne parle toujours pas, ce qui engendre beaucoup de frustration. « On n’arrive pas à communiquer, il devient agressif et moi aussi », regrette Trési.

Le regard des autres

À la maison, c’est difficile, et dehors, ce n’est pas mieux. Aaron est agressif dans le bus, dans la rue, dans le parc… Trési doit affronter le regard des autres qui s’étonnent que son fils ne parle pas, crie, griffe… « Tout le monde nous regarde comme si nous étions des télés ».

Elle finit par se « barricader » chez elle, « comme ça au moins s’il y a quelque chose qui ne va pas, je suis chez moi, personne ne peut voir ça. » Elle dit ne pas se reconnaître, se sentir « horrible, comme une mauvaise mère, comme une merde ». Elle craque.

Culpabilité

Devant son effondrement, le CMP prend son fils en charge le temps d’un week-end. Mais Trési vit mal cette séparation, elle culpabilise. « J’estime que c’est le rôle d’une mère de s’occuper de son enfant, de ne pas abandonner, même si c’est difficile », explique-t-elle. Elle refuse l’idée d’une séparation plus longue et garde Aaron chez elle. Mais l’agressivité est toujours là et Trési se console avec la boisson : « Quand il dort, je bois et ça me fait vraiment du bien, du coup je n’ai pas envie d’arrêter. »

Intervenante sociale à domicile

La situation se débloque à partir de septembre 2016, quand Aaron est pris en charge par l’hôpital de jour (HDJ), puis que le CMP l’oriente vers la Croix-Rouge, pour un accueil supplémentaire.

Trési fait aussi appel à une intervenante sociale à domicile qui va beaucoup l’aider et la réconforter. Elle-même est mère d’un enfant autiste et elle connaît bien le combat de Trési. « Elle m’apprend beaucoup, elle m’encourage et me donne de la force, et quand elle part, je me sens bien » se souvient Trési. Aaron aussi s’assagit, l’agressivité disparaît peu à peu.

Groupes de parole

Chacun trouve sa place jour après jour. Trési accepte au bout de plusieurs mois de participer à des groupes de parole, qu’elle finit par trouver « libérateurs ». « Ça me fait du bien de parler, de dire ce que l’on peut ressentir, de mettre des mots sur sa frustration, et on peut s’entraider, c’est magnifique ! » Plus elle va aux réunions, « mieux ça va dans sa vie, mieux ça va avec Aaron », confie-t-elle.

La communication passe enfin

Et ça va tellement mieux que Aaron est prêt à partir une semaine à la campagne avec l’équipe de l’HDJ. Mère et fils vivent cette semaine de séparation avec sérénité et en sortent grandis, apaisés et rassurés. Suivront des vacances en famille qui se passeront « super bien », sans crises, sans agressivité. Aaron et sa mère arrivent maintenant à communiquer : « Je comprends tout, il me comprend aussi, par le toucher, on communique par les gestes, par les postures aussi, et je suis très attentive, je suis plus patiente. J’apprends tous les jours ».

Aujourd’hui, Aaron a dix ans. Toujours pris en charge par l’HDJ, il est en attente d’une place en institut médico-éducatif (IME), où il ira toute la journée. C’est un petit garçon qui n’a plus du tout de frustration, et Trési se dit « très, très fière de lui ».

« Je n’ai plus honte »

Si son témoignage met en évidence la profonde détresse et la solitude des parents confrontés à l’annonce du handicap de leur enfant, il rappelle aussi qu’il existe des solutions et souligne l’importance de l’accompagnement, tant des enfants que des parents. Trési était au bord de la dépression. Accompagnée par différents intervenants, épaulée par d’autres parents, elle est aujourd’hui « fière de son parcours » et peut à son tour conseiller d’autres mamans.

Elle s’est enfin acceptée en tant que « mère d’un enfant handicapé » et ne « ressent plus de honte au regard des autres ». Elle se dit même chanceuse. « Au début, je voyais vraiment ça comme une malchance […], je pensais que j’étais maudite, alors qu’aujourd’hui, mon fils pour moi, c’est une bénédiction. »

Parent(hèse), podcast de la Croix-Rouge française dédié à la parentalité, produit par Louie Créative, présenté par Antoine Lalanne-Desmet. 1er épisode : « Trési, mère d’un enfant autiste », disponible sur la plateforme Acast.

MEDIA SOCIAL – Marie-Hélène KHOURI

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